PRINTEMPS DE BOUGUE

Après le stage de théâtre animé par le comédien Mathieu Boulet, qui se concentra sur le « processus du jeu de l’acteur » les 10 et 11 Mars, le Printemps de Bougue, pour sa huitième édition, réserva, cette fois encore, de très bonnes surprises.

 Un seul regret : l’annulation pour raison de santé de la rencontre avec l’auteure Lydie Salvayre, prix Goncourt 2014 et dont la venue a été reportée à une date encore non précisée.

 Une édition du « Printemps » sous l’égide de la commune de Bougue, du Théâtre Label Etoile, avec le soutien de l’agglomération du Marsan, du Conseil départemental des Landes, du Conseil Régional de la Nouvelle Aquitaine, notamment. En voici un aperçu…


Sans queue ni tête
                                                                                                                   
Il ne porte pas de bretelles. Il n’a pas le bide qui proémine du pantalon. Il ne dit pas « Sieurs’ Dames ». Il ne joue que d’un piano désaccordé, même pas de la trompette, du bandonéon ou du violon. Il est grand, mince avec des cheveux de savant fou qui ne dissimulent plus  une calvitie dont on évitera de dire qu’elle est bien implantée. Mais  Gauthier Fourcade est pourtant un clone du grand Raymond. Raymond Devos, bien sûr.
 Et pour être dans ce registre-là, disons : un  clone qui fait le clown. Tout comme le faisait feu Raymond.
 C’est aussi jubilatoire, aussi offert, aussi palpitant. Comme ce cœur sur la main.  Un cœur brisé en éclats (de rire ?) pourtant, mais qui se met à chanter, en chœur, bien sûr. Et cette araignée au plafond dont la vie ne tient qu’à un fil, elle est cette folie créatrice de rapprochements inattendus, d’images qui se bousculent comme dans les jeux surréalistes du « cadavre exquis ». Il y a du Breton (André, bien sûr), du Tristan (Tzara, le papa du Dada évidemment), dans ces incongruités délicieuses, ces intelligentes absurdités, ces scintillantes insanités. Seuls les C.O.N.S n’y comprennent rien. Même si c’est évident comme E=MC2, mon amour.
Il y avait de l’émotion aussi, comme dans cette histoire de sirène qui finit, on s’en doute, en queue de poisson. Enfin, nous avions commencé à quitter la gare de Boue (charmante localité, entièrement construite en gadoue), pour nous rendre de Boue à  Si (charmante localité, dont la spécialité est utopie), alors que nous étions déjà assis à Boue (de force probablement) Gauthier Fourcade, se sépara de son cher public, l’air de rien. Et il nous le  fit chanter, cet air de rien. Pour rester dans la veine de l’artiste, et en hommage à la petite sirène, nous dirions que nous restâmes muets comme des carpes, mais point avares d’applaudissements après l’avoir oui. Par pure facilité et a contrario de ce que nous avait appris Gauthier Fourcade, nous applaudîmes des deux mains (car d’une seule, c’est vraiment très difficile) et à tout cœur.
C’était Vendredi soir 23 Mars et le public, nombreux, avait eu raison…                           
                                            
Les ours de Baribal
                                                                                                                     
Baribal, duo  complice entre le clavier et le violon alto de l’un, Damien Bec, beau comme le son de son violon et d’Olivier Apat qui joue du violon, de l’alto, du synthétiseur, de la mandoline. C’est folk, c’est rock dans la filiation de la country, cela évoque les grands espaces, les routes toutes droite qui vont à l’infini, les forêts où les griffes d’ours labourent les troncs, les danses indiennes avec les loups, l’amour-immersion dans la grande, la vraie, la sauvage nature. « In the wild », comme on dit aux States. Mais ils chantent aussi ces paradis perdus, ces forêts disparues, ces indiens massacrés et que l’homme est un loup pour l’homme, pire que les vrais loups qui sont à leur place dans cette nature. C’est donc aussi engagé, version écolo. C’est surtout poétique et ça part des tripes, ça part du cœur. Donc, cela prend aux tripes et  accroche le cœur. Ils appellent cela un folk-rock « littéraire et naturaliste ». Littéraire, parce qu’il y a du Jack London dans leurs errances, mais surtout ils sont au diapason de la figure tutélaire qu’ils se sont donnée :Henry-David Thoreau, cet immense poète-philosophe, là bas, au Massachussets, vivant dans sa  cabane comme l’ours baribal (tiens…) dans sa caverne. 
Hélas un petit public pour cette première soirée du Printemps de Bougue. Les absents ont eu tort.                                                                                                                                                                                                                    
Gaie mythologie pour petits et grands enfants
         
Humour et enchantement juvénile, dimanche Z5 Mars, pour le dernier spectacle du Printemps de Bougue 2018, « Les douze travaux d’Hercule  ou presque », libre interprétation, du mythe grec du 6ème siècle avant JC…
Ce spectacle familial pour  les six ans et plus fit aussi bien rire et s’esbaudir les parents ou grands-parents. Car, chez chacun d’entre nous, il y a toujours un(e) enfant, tant que le petit homme de la jeunesse n’a pas cassé son lacet de soulier, comme le disait Prévert. En tous cas, la trépidante boule d’énergie et de dynamisme qu’est Joëlle Luthi, campant le jeune Thésée, héros de l’Attique, ami et rival d’Héraclès (Hercule pour les Latins) prouva que ce petit bonhomme est resté bien vivant en nous tous. Le spectacle, qui n’est pas sans rappeler, avec des masques merveilleux ou merveilleusement affreux, la Commedia dell’arte, reste fidèle à l’histoire mythologique. En ce sens, il est aussi pédagogique… sans être jamais ennuyeux, même lorsque on a six ans.
Les dix travaux qui furent douze… (« ou presque », en effet) et dans lesquels on voit Hercule confronté, sur ordre d’Héra, épouse trompée et donc furibonde de Zeus, au lion de Némée (dont il ne restait plus qu’une rigolote descente de lit), aux oiseaux mangeurs de chair humaine  du lac Stymphale avec leurs becs d’Ibis, au taureau blanc de Minos, qui succombera à son excès de coquetterie, à l’hydre de Lerne qui perdra la tête et même ses trois qu’elle portait sur son corps de dragon, ou encore, dans les enfers d’Hadès, au molosse Cerbère, gardien de ce royaume, chienchien dompté par le héros, grâce à un nonos  et qui retournera à la niche, au fond de son antre.
Le tout nous fut conté dans la gaité, sur un rythme trépidant, avec quelques chansons, de savoureux anachronismes et des gags de BD, du genre Astérix chez les Grecs.
Le spectacle d’Alexis Consolato et Sarah Gabrielle qui signe également la mise en scène, fut bien servi avec humour et entrain par l’excellente compagnie du Théâtre Mordoré (Paris) avec Joëlle Luthi, Alexis Consolato, Jacques Courtes et Alexandre Levasseur.
Enfin, les enfants furent conviés à achever l’après-midi en partageant des gâteaux avec Eurysthée, Thésée, Héra et Hercule qui avait pourtant croqué, sur scène, la  pomme d’or du jardin des Hespérides.                                                                                                                                                                                      
Jean-François Moulian
(Crédit photos JF Moulian)


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